Pendant des décennies, la relation entre la France et de nombreux États africains a été marquée par une influence politique, militaire, économique et culturelle profonde, héritée de l’époque coloniale. Mais depuis plusieurs années — et plus encore depuis les bouleversements politiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger — cette relation connaît une remise en question historique.
Face au recul de son influence dans plusieurs pays francophones du Sahel, Emmanuel Macron tente aujourd’hui d’opérer un virage stratégique : moins d’empreinte militaire, davantage de partenariats économiques, diplomatiques, éducatifs et culturels. Une transformation qui intervient dans un contexte de compétition géopolitique accrue sur le continent, où la Russie, la Chine, la Turquie ou encore les Émirats arabes unis renforcent leur présence.
La fin progressive de la “Françafrique” ?
L’expression “Françafrique” a longtemps désigné les réseaux d’influence politiques, économiques et sécuritaires qui liaient Paris à ses anciennes colonies africaines. Si ce système a permis à la France de conserver un poids considérable sur le continent, il a aussi nourri, au fil des décennies, critiques, ressentiments et accusations de néocolonialisme.
L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 s’est accompagnée d’un discours de rupture : reconnaissance de certaines responsabilités historiques, dialogue avec la jeunesse africaine, restitution d’œuvres d’art et volonté affichée de construire une relation « équilibrée ». Mais sur le terrain, les perceptions africaines ont souvent évolué plus vite que la politique française.
Le Sahel, tournant majeur
Le basculement est intervenu avec la succession de coups d’État militaires au Sahel à partir de 2020. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les nouvelles autorités ont rompu ou fortement dégradé leurs relations avec Paris, exigeant le départ des troupes françaises.
L’opération Opération Barkhane, longtemps présentée comme le pilier de la lutte antiterroriste dans la région, a été progressivement démantelée. Dans le même temps, d’autres partenaires sécuritaires ont émergé, notamment la Russie, illustrant une diversification assumée des alliances africaines.
Pour Paris, le choc a été stratégique : le Sahel, autrefois considéré comme une zone d’influence privilégiée, est devenu le symbole de l’érosion de la puissance française en Afrique.
Une nouvelle doctrine : moins de bases, plus d’influence douce
Consciente de ce recul, la France reconfigure désormais son approche.
Le nouveau modèle repose sur plusieurs axes :
- réduction ou fermeture de bases militaires permanentes ;
- coopération sécuritaire plus discrète et ciblée ;
- investissements dans l’éducation, l’innovation, l’énergie et les infrastructures ;
- renforcement des échanges commerciaux ;
- dialogue accru avec la société civile, la jeunesse et les diasporas africaines.
Le sommet Africa Forward, prévu à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, symbolise cette stratégie. Fait hautement significatif : il se tient pour la première fois dans un grand pays anglophone d’Afrique, le Kenya, signe que Paris cherche désormais à élargir sa présence au-delà de son traditionnel pré carré francophone.
Analyse : l’Afrique change, la France s’adapte
La recomposition actuelle révèle une transformation profonde des rapports de force.
1. L’Afrique affirme davantage sa souveraineté
De nombreux États africains veulent désormais choisir librement leurs partenaires stratégiques, sans logique d’alignement automatique. Cette posture s’inscrit dans un monde multipolaire où les options se multiplient.
2. La concurrence internationale s’intensifie
La Chine domine largement les investissements d’infrastructures. La Russie avance ses pions sur le terrain sécuritaire. La Turquie et les pays du Golfe renforcent leur diplomatie économique. La France n’est plus en position de quasi-monopole.
3. Le passif historique reste lourd
Même si Paris change de discours, la mémoire coloniale, certaines ambiguïtés diplomatiques et l’image d’ingérence continuent de peser dans l’opinion publique de plusieurs pays africains.
4. Le pari français reste incertain
La nouvelle approche peut produire des résultats si elle repose sur un partenariat réellement équilibré. Mais si elle apparaît comme une simple opération de rebranding stratégique, elle risque de susciter davantage de scepticisme.
Quel impact pour le Burkina Faso ?
Pour le Burkina Faso, au cœur des recompositions géopolitiques ouest-africaines, cette évolution mérite une attention particulière.
Le pays, engagé dans une redéfinition de ses partenariats extérieurs, observe l’émergence d’un nouvel équilibre régional où l’influence française n’est plus structurante comme auparavant. Dans ce contexte, Ouagadougou pourrait privilégier une diplomatie plus diversifiée, fondée sur les intérêts nationaux, la souveraineté sécuritaire et la coopération pragmatique.
La relation France–Afrique entre dans une nouvelle ère. Plus complexe, plus concurrentielle, mais potentiellement plus mature.
Le temps des relations verticales semble s’effacer au profit d’interactions plus négociées, où les États africains disposent d’une marge de manœuvre élargie. Reste à savoir si Paris saura réellement adapter sa posture à cette Afrique nouvelle — plus affirmée, plus exigeante et plus stratégique.
Une chose est sûre : le centre de gravité des relations franco-africaines est en train de se déplacer.
Par la rédaction de Fasoverse Media















