Bamako durcit le ton contre certains médias internationaux
Les autorités maliennes ont ordonné la suspension de la diffusion de la chaîne saoudienne Al Arabiya sur l’ensemble du territoire national.
La décision a été officiellement annoncée par la Haute Autorité de la Communication du Mali, qui a demandé à tous les distributeurs de services audiovisuels autorisés de retirer immédiatement la chaîne de leurs bouquets jusqu’à nouvel ordre.
Dans sa décision, le régulateur malien évoque des motifs liés à la préservation de l’ordre public, de la cohésion nationale et de la sécurité de l’État.
Un contexte de tensions autour d’un reportage
Selon plusieurs médias maliens et africains, cette suspension intervient dans un contexte de tensions entre Bamako et la chaîne saoudienne autour d’activités attribuées à l’un de ses correspondants.
Les autorités maliennes accusent le journaliste Ibrahim Moustapha d’être entré sur le territoire sans autorisation régulière et d’avoir réalisé des reportages en lien avec des groupes armés actifs dans le nord du pays.
Le gouvernement malien considère ces actes comme une atteinte à la souveraineté nationale et aux règles encadrant l’exercice du journalisme au Mali.
Dans son communiqué, la HAC rappelle que les médias opérant sur le territoire malien doivent respecter les textes en vigueur relatifs à :
- la protection de l’intégrité territoriale ;
- la sécurité nationale ;
- la prévention des contenus susceptibles de troubler l’ordre public.
Une nouvelle restriction visant un média international
Cette mesure s’inscrit dans une série de restrictions imposées ces dernières années par les autorités de transition maliennes à plusieurs médias étrangers.
Depuis 2022, plusieurs chaînes et médias internationaux ont été suspendus ou temporairement interdits au Mali, notamment :
- France 24 ;
- RFI ;
- TV5Monde ;
- ainsi que certaines chaînes françaises accusées par Bamako de diffuser des contenus jugés hostiles ou biaisés sur la situation sécuritaire du pays.
Les autorités maliennes défendent une politique de contrôle renforcé de l’information autour des questions sécuritaires et militaires, dans un contexte marqué par la lutte contre les groupes armés et les tensions diplomatiques avec plusieurs partenaires internationaux.
Un climat médiatique de plus en plus sensible dans le Sahel
Cette suspension intervient alors que plusieurs pays du Sahel connaissent une reconfiguration profonde de leurs relations avec les médias internationaux.
Au Mali, mais aussi au Burkina Faso et au Niger, les autorités de transition insistent de plus en plus sur la notion de souveraineté informationnelle.
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, les questions liées au traitement médiatique des opérations militaires, du terrorisme et des relations internationales sont devenues particulièrement sensibles.
Plusieurs observateurs estiment que cette tendance traduit une volonté des régimes sahéliens de mieux contrôler les narratifs sécuritaires et politiques dans un contexte régional marqué par :
- la lutte contre les groupes armés ;
- les recompositions géopolitiques ;
- la montée des tensions diplomatiques ;
- et les débats sur l’influence des médias étrangers dans la région.
Riyad n’a pas encore officiellement réagi
À ce stade, aucune réaction officielle des autorités saoudiennes ni de la direction d’Al Arabiya n’avait encore été rendue publique.
L’évolution de ce dossier pourrait toutefois avoir des implications diplomatiques et médiatiques importantes, alors que le Mali poursuit sa stratégie de redéfinition de ses partenariats internationaux et de son environnement informationnel.
La rédaction















