Ouagadougou engage une vaste opération de reconquête de ses réserves d’eau
La capitale burkinabè connaît depuis plusieurs jours une intense activité autour de ses principales retenues d’eau. Le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, Ismaël Sombié, a effectué, mardi 12 mai 2026, une tournée de terrain sur les différents sites de curage des barrages de Ouagadougou afin d’évaluer l’état d’avancement des travaux engagés par l’Office national des barrages et des aménagements hydro-agricoles (ONBAH).
Du barrage de Boulmiougou aux barrages n°1, n°2 et n°3 de Ouagadougou, les équipes techniques sont mobilisées jour et nuit pour accélérer les opérations de désensablement, considérées comme stratégiques pour l’avenir hydraulique de la ville.
Des barrages fortement dégradés après plus de 60 ans d’exploitation
Construits dans les premières années post-indépendance, les barrages de Ouagadougou ont vu leur capacité de rétention considérablement diminuer sous l’effet de l’ensablement progressif, des mauvaises pratiques agricoles, des rejets d’eaux usées et de l’urbanisation croissante.
Selon les autorités, le seul barrage n°2 de Tanghin présenterait un volume d’ensablement estimé à plus d’un million de mètres cubes. Le ministre Ismaël Sombié a indiqué que cette situation compromet sérieusement l’approvisionnement de la capitale en eau potable, alors que Ouagadougou fait déjà face à un déficit quotidien estimé à 57 000 m³ d’eau.
Les retenues d’eau, autrefois utilisées en complément des barrages de Ziga et de Loumbila pour alimenter la ville, ne pouvaient plus être exploitées efficacement en raison de la dégradation de la qualité de l’eau et de la forte accumulation des sédiments.
Une opération d’urgence avant l’hivernage
Le gouvernement burkinabè veut agir rapidement avant les grandes pluies. Lancés officiellement le 1er mai 2026, les travaux portent sur le retrait de près de 600 000 m³ de sédiments dans une première phase. Les structures nationales mobilisées, notamment l’ONBAH et la SONATER, disposent d’un délai de trois semaines pour exécuter les opérations prioritaires.
Sur le terrain, les engins lourds fonctionnent sans interruption. Des dispositifs d’éclairage nocturne ont même été installés afin de permettre aux équipes de poursuivre les travaux durant la nuit.
Le Directeur général de l’ONBAH, Yaya Traoré, a affirmé que les équipes entendent non seulement respecter les délais, mais également les devancer afin d’étendre rapidement les opérations à d’autres infrastructures hydrauliques du pays.
Prévenir les inondations et renforcer la sécurité hydrique
Au-delà de la question de l’eau potable, les autorités mettent également en avant un impératif de sécurité urbaine. Situés au cœur de la capitale, les barrages jouent un rôle majeur dans l’évacuation des eaux de ruissellement pendant l’hivernage.
Le gouvernement redoute notamment la répétition d’inondations meurtrières similaires à celles de 2009. Le curage des retenues doit ainsi permettre d’améliorer l’écoulement des eaux et de réduire les risques de débordements dans plusieurs quartiers de Ouagadougou.
Selon les responsables techniques, cette restauration hydraulique devrait également favoriser :
- une amélioration durable de la qualité de l’eau ;
- une revitalisation de la vie aquatique ;
- un développement de la production halieutique ;
- un soutien accru aux activités agricoles urbaines.
Une campagne nationale de mobilisation des eaux
L’opération menée à Ouagadougou s’inscrit dans une stratégie nationale plus large lancée par le gouvernement burkinabè en janvier 2026. Cette campagne vise le curage et la réhabilitation de 100 barrages à travers plusieurs régions du pays afin d’accroître les capacités nationales de stockage d’eau.
Les autorités ambitionnent de mobiliser plusieurs millions de mètres cubes d’eau supplémentaires pour soutenir l’agriculture, l’élevage et les activités halieutiques dans un contexte sahélien marqué par les effets du changement climatique et la pression croissante sur les ressources hydriques.
Des mesures sociales pour les populations affectées
Les travaux de curage impactent également plusieurs maraîchers installés depuis des années aux abords des retenues d’eau. Pour limiter les conséquences sociales, le gouvernement a annoncé des mesures d’accompagnement.
Plus de 100 hectares auraient été mobilisés dans la ceinture verte de Ouagadougou pour accueillir progressivement les producteurs concernés. Des forages à gros débit y sont en cours de réalisation afin de permettre la poursuite des activités agricoles.
En complément, les autorités ont distribué :
- 25 tonnes de vivres ;
- 45 tonnes d’engrais ;
- des équipements d’irrigation aux personnes affectées par les travaux.
Une volonté affichée de reconquête hydraulique
Pour les autorités burkinabè, cette opération symbolise une volonté de reconquête de la souveraineté hydrique nationale. Le gouvernement entend désormais renforcer durablement les capacités techniques de l’ONBAH, notamment à travers l’acquisition future d’équipements spécialisés de dragage pour assurer un entretien régulier des barrages à l’échelle nationale.
Dans une capitale confrontée à une urbanisation rapide, à la pression démographique et aux défis climatiques, le succès de cette opération pourrait constituer un tournant majeur dans la gestion durable des ressources en eau à Ouagadougou.
La rédaction















